Exposum I2025
Le corps malade n’est pas une métaphore de notre monde en crise ; il en est le symptôme le plus intime, le terrain où les logiques extractivistes du Capitalocène s’inscrivent dans la chair. Exposum I positionne la maladie comme prisme critique, sondant ce que Susan Sontag nommait zone d’ombre de la vie où s’éprouvent les logiques d’aliénation et de contrôle de la modernité tardive.
Les figures apparaissent telles des spectres — présences liminales oscillant entre visible et invisible, incarné et dissous. Disposées tantôt sur des tables métalliques, tantôt au sol, elles sont contraintes au dedans. Ces intérieurs clos traduisent une chair aliénée, soumise au tempo accéléré de nos sociétés modernes. Des lumières néoniques s’incarnent comme des entités délimitant les corps, les fragmentant, matérialisant ainsi la condition cyborg où les dispositifs médicaux reconfigurent la chair poreuse et interdépendante.
Les toiles instaurent une dualité où l’organique et le technique cohabitent. Le jeu entre matières — translucides, stratifiées, empâtées — et dispositifs peints brouille la notion de réel, maintenant les œuvres dans une zone d’indétermination. Ici, la condition malade devient le symptôme d’une pathologie plus vaste, celle d’une intoxication sporante du vivant par les structures mêmes qui l’administrent.